Rencontre avec un psychologue Interview 7

Interview de Sophie JACOBS, psychologue à la Maison Départementale de l’Enfance et de la Famille de Nevers depuis 5 ans.

Diplômée en  « Psychologie clinique du développement et des apprentissages », Université de Dijon

Etudiante : Vous travaillez à la Maison départementale de l’enfance et de la famille, avec quel public êtes-vous amenée à travailler ?

Sophie JACOB : La MADEF accueille des nourrissons, enfants et adolescents entre 0 et 18 ans. Le dispositif du Centre Parental accueille également des parents accompagnés de leurs enfants.

Les enfants accueillis relèvent du dispositif de l’aide sociale à l’enfance auquel ils sont confiés dans le cadre de mesures de placement administratives ou judiciaires, en raison de situations familiales compromettant leur bonne évolution.

Les parents accueillis au centre parental avec leurs enfants sont orientés en raison d’un besoin d’accompagnement à la parentalité. Leurs enfants peuvent parfois faire l’objet d’une mesure de placement judiciaire, prononcée dans le cadre du centre parental.

E : Pourquoi avez-vous fait le choix de travailler dans la protection de l’enfance ?

SJ : J’ai connu la protection de l’enfance au travers de stages universitaires longs, notamment à l’ASE. Ma première expérience professionnelle, dans le champ du handicap, m’a amenée à réaliser que la prise en compte du contexte familial était indispensable à la bonne prise en charge d’un enfant en mal-être. Notamment, les enfants que j’étais amenée à prendre en charge en Institut Médico-Educatif relevaient pour beaucoup du dispositif de la protection de l’enfance, avaient fait l’objet de signalements et la non prise en compte de l’origine intra-familiale de leurs problématiques induisait très souvent une inefficacité de l’accompagnement (éducatif, ré -éducatif et thérapeutique) et un épuisement des professionnels. Le travail en foyer de l’enfance m’a permis d’avoir une pratique clinique s’inspirant des théories systémiques et de donner un autre sens à la symptomatologie que peuvent développer ces enfants.

Le psychologue à la MADEF a deux angles dans sa pratique.

En premier lieu, le psychologue participe à l’évaluation de la situation des enfants ou familles accueillis, au travers d’entretiens individuels, rencontre avec les parents (en visite médiatisée), participations aux réunions sur la situation des enfants (réunions d’équipe, synthèses en interne ou externe,…). Cette mission a pour but de contribuer à déterminer les axes d’accompagnement concernant l’enfant et sa famille et de définir un projet d’orientation, en équipe pluridisciplinaire et dans le respect du travail partenarial avec l’ASE. Un deuxième versant est constitué par la dimension institutionnelle des missions du psychologue : participation aux projets de service, aux réunions éducatives, à la réflexion sur les orientations de l’établissement, etc.

E : A quelle(s) difficulté(s) cette population vous confronte ou vous a confronté ?

SJ : L’évidence première a été pour moi la nécessité de me former dans le domaine des maltraitances : symptomatologie des enfants, notions juridiques, abord systémique de ces problématiques… notions qui étaient absentes de mon cursus universitaire initial.

Il persiste néanmoins au quotidien une nécessité de poursuivre une actualisation des connaissances dans ce domaine et une nécessité impérieuse pour le psychologue en foyer de l’enfance de pouvoir pendre du recul face aux situations rencontrées et pouvant grandement impacter le fonctionnement institutionnel.

E : À quelle(s) difficulté(s) le cadre institutionnel vous confronte ou vous a confronté ?

SJ : Une trop grande part à ce jour de la fonction du psychologue à la MADEF est dédiée à l’institutionnel, en raison de changements structurels profonds.

Il est également constaté des défaillances majeures dans la qualité de la communication entre les différentes strates de l’institution et entre ses différents services, pouvant nuire au maintien indispensable d’un équilibre de travail.

E : Quel conseil donneriez-vous à un(e) étudiant(e) qui souhaite travailler en foyer de l’enfance en tant que psychologue ?

SJ : Il est indispensable à mon sens d’exercer en foyer de l’enfance en ayant la connaissance de ce à quoi vous pouvez être confronté. Il faut privilégier les espaces externes et internes permettant une prise de recul et l’objectivité du clinicien (supervision et temps FIR).

Un complément conséquent de la formation initiale me semble indispensable pour décoder la symptomatologie des enfants relevant du dispositif de l’ASE et apporter des éléments de compréhension aux équipes qui accompagnent ces enfants au quotidien.

E : Qu’est-ce que pour vous la psycho-criminologie ?

SJ : Cela constitue pour moi la psychologie appliquée spécifiquement aux auteurs et victimes d’infractions pénales, s’intéressant ainsi aux mécanismes psychiques sous-jacents chez chacun.

Elle entretient de ce fait un lien étroit avec des connaissances du système judiciaire et doit s’articuler au mieux avec.

 

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