Rencontre avec un psychologue Interview 6

Interview de Madame Emmanuelle Toussaint, psychologue au Foyer départemental de l’enfance en Vendée

 

Etudiant : Vous travaillez dans un foyer de placements d’urgences pour enfants, quelles sont vos principales missions ?

Emmanuelle Toussaint : Tout d’abord, qu’est-ce que le Foyer Départemental de l’Enfance ?

Le Foyer Départemental de l’Enfance est un établissement public départemental ouvert 365 jours par an. Service dépendant du Conseil Départemental, il a une mission de service public selon les articles L221.2 et L222.5 du Code de l’Action Sociale et des Familles. Parmi les dispositifs de protection de l’enfance, le Foyer Départemental de l’Enfance occupe une place centrale du fait de sa mission d’accueil d’urgence qui l’amène à pouvoir  accueillir, sans délai, de jour comme de nuit, tout enfant mineur en danger sur le département en maintenant autant que possible les liens avec sa famille (CASF).

La mission de protection de l’enfant qui est déléguée par le Président du Conseil Départemental à l’ASE et transférée au Foyer Départemental de l’Enfance est définie par les attendus du juge dans la décision qu’il prend au titre de l’article 375 du Code Civil. « Si la santé, la sécurité ou la moralité d’un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son  éducation  ou  de  son  développement  physique,  affectif,  intellectuel  et  social  sont gravement compromis, des mesures d’assistance éducative peuvent être ordonnées par la justice (…) ». Dans le cadre du placement, la mission de protection dévolue au Foyer Départemental de l’Enfance porte à la fois sur l’encadrement éducatif, sur la scolarisation de l’enfant, sur son épanouissement psychologique et sa santé, sur le maintien des relations avec sa famille dans les conditions prévues par le juge.

Les psychologues exerçant au Foyer de l’Enfance relèvent de la fonction publique hospitalière (décret n° 91-129 du 31 janvier 1991 modifié portant statut des psychologues hospitaliers).

Dans le cadre de ses missions en protection de l’enfance, et particulièrement en foyer de l’enfance, le psychologue est susceptible d’intervenir à différents niveau : évaluation, orientation et accompagnement, coordination des soins psychiques, travail de liaison avec les partenaires extérieurs,  travail institutionnel…

Si j’ai pu travailler comme psychothérapeute antérieurement en pédopsychiatrie, mon travail ici est donc différent.

En tant que psychologue clinicien dans cette institution, une partie de mon travail se fait en direction des usagers. Dans ce cadre, je participe à l’évaluation interdisciplinaire et à la construction du projet de l’enfant, ce qui m’amène à rencontrer les enfants/leurs parents afin de réaliser une observation (pour cela j’ai le choix des méthodes et moyens que je mets en œuvre : entretiens cliniques, éventuellement projectifs, bilans cognitifs, participation à des ateliers, etc.). Ces observations, confrontées à celles des autres professionnels engagés auprès de l’enfant et sa famille, visent à améliorer notre compréhension de la problématique personnelle et familiale de l’enfant et participe de l’élaboration du projet de l’enfant. Si besoin, des entretiens ponctuels peuvent être mis en place afin de soutenir l’enfant en lien avec le vécu du placement.

Une partie plus complexe du travail en direction des usagers consiste en l’accompagnement des professionnels dans la mission difficile qui est la leur au quotidien. En effet, actuellement et de manière générale, l’impact des traumatismes et de la maltraitance sur le développement des enfants accueillis n’est pas suffisamment reconnu. Or, sans une compréhension claire des raisons qui sous-tendent les comportements des enfants/des familles, les professionnels sont démunis dans leur stratégie d’aide. A cela s’ajoute la méconnaissance des effets sur eux-mêmes de l’exposition directe ou indirecte à l’immense souffrance et à la détresse des enfants qu’ils accueillent. Tout cela les conduit à perdre confiance dans leurs compétences.

Une autre dimension très importante de mon travail est la coordination des soins psychiques des enfants accueillis. Cela implique de connaitre le parcours de l’enfant afin de favoriser la continuité des soins ou l’accès aux soins et de travailler avec les familles pour les impliquer dans les démarches de soins.

Conduire à bien ces différents aspects du travail nécessite un travail de partenariat continu. Il convient en effet  d’établir des relations de partenariat avec les institutions et services concernés par la santépsychique des mineurs accueillis. De plus, nous contribuons au développement des dynamiques de réseau avec les services et institutions impliquées dans la prise en charge des enfants accueillis en aval et en amont de son admission au Foyer Départemental de l’enfance. Ainsi, optimiser le partenariat constitue une mission importante du psychologue dans l’objectif d’assurer les relais, la continuité et la stabilité des parcours des enfants accueillis.

Enfin, en tant que cadre de conception le psychologue collabore à la dynamique collective de l’établissement (contribution à l’élaboration du projet d’établissement et des projets de service, pilotage de projets, mise en œuvre d’actions de formations en direction des professionnels de l’établissement…).

E : A quelle(s) difficulté(s) cette population vous confronte ou vous a confronté ?

ET : Si le placement vise à protéger l’enfant en le soustrayant à un environnement à risque, pour autant, l’accueil dans un nouveau lieu de vie destiné à assurer sa sécurité ne constitue qu’une petite part de la réponse à apporter aux besoins de cet enfant. En effet, il est désormais admis que les conditions de vie dans lesquelles l’enfant a grandi avant le placement, constituent des facteurs de risque majeurs pour son évolution ultérieure et sa qualité de vie. Un tel objectif implique donc d’améliorer la capacité des adultes à répondre de manière adéquate aux besoins des enfants et chercher à ce que les interventions s’appuient sur une meilleure connaissance des enfants, de leurs besoins et de leurs aspirations.

Pour autant, et malgré cette volonté, il s’avère que l’évaluation reste relativement peu formalisée dans le champ de la protection de l’enfance en France. Parmi les explications possibles, il convient de reconnaître que l’inaccessibilité des différents outils recensés ainsi que l’absence de référentiels partagés ne permet guère aux différents acteurs intervenant dans ce champ de les mettre au travail afin de se les approprier et les mettre en œuvre de façon opératoire.

Par ailleurs, l’ampleur des difficultés présentées par les enfants placés rend indispensable d’améliorer notre compréhension de l’impact des situations traumatiques antérieures sur leur développement, lesquelles sont souvent sous-évaluées.

Enfin, bien qu’au sein des politiques de protection de la jeunesse dans les pays anglo-saxons, les connaissances sur l’attachement ont permis une meilleure compréhension des difficultés présentées par ces enfants et de l’accompagnement à leur proposer ainsi qu’aux professionnels qui s’en occupent, ces connaissances sont peu intégrées dans les pratiques françaises en Protection de l’Enfance. Or, mieux outiller les professionnels qui font un travail formidable au quotidien auprès des enfants constitue un préalable indispensable pour que les interventions proposées par les services de protection de l’enfance participent d’une finalité globale qui va bien au-delà de protéger l’enfant d’un environnement inadéquat, mais puissent participer au renforcement de sa résilience et améliorer ses chances pour l’avenir.

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